Pépette vendange en Beaujolais (2)
Les vignes de Monsieur Couperoz sont vieilles, basses et peu disciplinées. Quelques vendangeurs sont d’ores et déjà
à l’ouvrage. Aussitôt débarqués, les nouveaux arrivants se voient attribués un rang, un sceau et une serpette. Pépette regarde la serpette avec surprise. A la télévision, elle avait vu des images de vendangeurs où tous étaient munis de sécateur. Le chef de rangs s’approche d’elle et lui explique, geste à l’appui, comment se servir de l’outil.
Au premier sceau rempli, Pépette crie « Sceau ! ». Le porteur de la hotte accourt ; elle y déverse les grappes de Gamay. Elle constate alors qu’elle en retard d’une dizaine de ceps, que ses doigts de la main gauche sont blessés. Les autres coupent plus vite et son mensonge au sujet de sa prétendue expérience devient criard. Dans l’après-midi, le rythme des coupeurs s’intensifie. A chaque rang terminé, ils viennent aider Pépette à finir le sien. Monsieur Couperoz est présent, il supervise. Parfois il aide aussi. L’ambiance est bonne enfant. Tête baissée et dos courbé, on bavarde, on se raconte tout en coupant précisément, machinalement. A coté de Pépette, un journalier lyonnais converse avec un vieil ouvrier agricole qui décroche les grappes à la main. Les tiges cassent facilement, il dit que c’est plus rapide, qu’avant on faisait comme ça. Il semble dénigrer l’utilisation de la serpette. Les heures s’égrainent ponctuées par de rapides pauses où de l’eau et du vin sont distribués. Pépette reste à l’eau.
En fin de journée, deux camionnettes viennent récupérer les vendangeurs pour les emmener chez Monsieur Couperoz. On s’entasse, debout, assis, comme on peut. Pépette reste debout, elle ne veut pas se salir. Certains râlent d’être transportés comme du bétail. Pépette elle, amusée, compare les trajets en camionnette à ses souvenirs de centre aéré. Le vieil ouvrier agricole en short et torse nu dévisage Pépette. Dans les vignes, il n’avait pas cessé de la provoquer avec des remarques lubriques auxquelles elle avait réagi avec humour. Au bout d’un temps interminable, profitant d’un silence général, l’homme au visage buriné par le soleil et au corps façonné par le travail dans les vignes, lui lance « Encore une jeune fille de bonne famille qui vient en touriste » et il ricane. Pépette répond d’un regard oblique, rasant, condescendant et détourne le visage. Les autres ont les yeux rivés sur elle. Ils attendent sa réponse. Elle demeure sans voix naïve de constater que le racisme social est à double entrée. Visiblement, elle veut donner le change de l’indifférence et ne bronche pas.
Chez Monsieur Couperoz, dans la cour principale bordée de trois imposantes bâtisses, les vendangeurs se pressent autour du robinet. On se rafraichit, se lave les mains, on rigole libéré de cette journée d’efforts. Pépette marche comme une machine rouillée dans ma direction « Tu n’as pas mal partout toi ? Je ne sens plus mes jambes, mon bas du dos est en compote, je n’en peux plus. Je n’aurais jamais cru que c’était aussi difficile. » Je souris sans répondre. Tout le monde souffre mais personne n’évoque ses douleurs, la complainte n’est pas de mise ici. Monsieur Couperoz s’approche du groupe des journaliers lyonnais :
« C’est pas la peine de revenir demain, tenez vos chèques et fiches de paye. – Je comprends pas on devait toucher 62 euro pour la journée ? – Oui mais je vous ai enlevé trois quart d’heure de retard. – Comment ça on revient pas demain ? Il était question qu’on travaille chez vous au moins une semaine ?! – Le retard de ce matin est inadmissible et puis j’attendais dix personnes pas sept. C’est la dernière fois que je travaille avec vos organismes ! – Le Département et l’ANPE ? - Oui. – Mais monsieur, c’est pas notre faute si le chauffeur ne connaissait pas la route ! – Je sais. Vous n’êtes pas en cause et vous avez bien bossé mais c’est pas possible. L’heure c’est l’heure ! - C’est déguelasse ! On est puni à la place du chauffeur !»
Monsieur Couperoz regarde Pépette « Mademoiselle, vous aussi c’est pas la peine de revenir demain, vous êtes trop lente. Chez moi on bosse sinon on vire. » Pépette prend son chèque, de toute façon elle n’aurait pas pu continuer, elle a trop mal partout. Monsieur Couperoz lui apparaît tout à coup bien moins sympathique, la décision qu’il a prise à l’égard des lyonnais est injuste.
A 18h00 place de l’église, les journaliers au RSA grimpent dépités dans l’autocar. Pépette enfourche son scooter tout en pensant à la grasse matinée du lendemain et je décide d’aller vendanger dans un autre domaine, révoltée par la décision de Monsieur Couperoz.
photos provenance:
http://nalora.spaces.live.com/
http://www.tourisme-beaujolais.com/modules.php?name=Coppermine&op=displayimage&album=random&cat=0&pos=-30
Pépette vendange en Beaujolais (1)

Pépette arrive à Saint Etienne Dès Ouillères. Il est 6h50 et aujourd’hui débute officiellement les vendanges en Beaujolais. L’exploitant du domaine viticole, Monsieur Couproz, lui a donné rendez-vous à 7H00 place de l’église. Il doit également récupérer neuf autres personnes qui arrivent par autocar. Le Département et l’Agence Nationale pour l’Emploi ont organisé l’opération « Vendanges en Beaujolais » ; ils mettent à disposition des travailleurs journaliers, un autocar pour les trajets Lyon-Saint Etienne Dès Ouillères-Lyon , moyennant deux euros par personne et par jour.
Il est 7h35, Monsieur Couproz trépigne et marmonne « c’est pas possible, les autres sont déjà dans les vignes depuis cinq minutes ». Un appel sur son téléphone mobile vient de l’informer du retard. Le chauffeur s’est trompé de route. Monsieur Couperoz imprime son air renfrogné. La journée commence mal, il appelle le chef de rangs dans les vignes « ils sont pas foutus de trouver le village, j’attends ». Il jette un œil sur Pépette, c’est bien une fille de la ville celle là avec ses ongles peints ; elle a dit avoir déjà vendangé mais vu comme elle est habillée… trop joli et pas pratique. « Dîtes, ça va aller ? Où est ce que vous avez déjà vendangé ? –Dans le Bordelais » répond timidement Pépette en souriant mais sans plus de précision. Monsieur Couperoz est sceptique. Il espère que les journaliers lyonnais auront l’air moins précieux. Il possède un vignoble d’une vingtaine d’hectares et il compte bien terminer les vendanges dans une semaine, dix jours tout au plus.
L’autocar arrive enfin, à l’avant sur une affichette on peut lire « Vendanges-RSA ». Une trentaine de personnes descend. Monsieur Couperoz regarde sa montre qui indique 8h00 ; une heure de retard c’est inadmissible. D’autres exploitants plus patients et résignés ont également attendu sur la place de l’église. Une femme en charge de l’organisation fait l’appel et réparti les noms selon l’exploitation d’affectation. Monsieur Couperoz charge sept personnes, trois sont absentes et personne ne l’avait prévenu. Il est furieux et avec beaucoup de nervosité démarre le camion-benne-à-raisins. A l’arrière Pépette s’installe tant bien que mal tandis que les lyonnais discutent de l’incompétence du chauffeur. Il s’était engagé sur l’autoroute dans la mauvaise direction. Il était sûr de lui, soutenu par son GPS. Fort heureusement, une personne dans le car connaissait le coin. Elle s’était aperçue de l’erreur et le chauffeur avait alors rebroussé chemin réalisant qu’il n’avait pas correctement écrit le nom du village dans le GPS. Cela ne l’avait pas chagriné pour autant, il était jovial et le détour l’avait plutôt amusé.
La journée s’annonce belle ; Pépette a emmené la crème solaire et son plus beau chapeau de paille. Elle est joyeuse de se trouver là, de participer à une récolte dont il résultera du vin. Même si Monsieur Couproz l’a saluée de façon sèche sur la place de l’église, elle le trouve sympathique.
Promesses électorales
Vendredi 23 octobre 2009, Soir 3, reportage . « Décision de justice ». Le présentateur annonce une décision qui suscite l’incompréhension de la famille de Nelson, fauché par des policiers en 2007, à Marseille sur un passage piéton mais avec gyrophare. Un an avec sursis pour le conducteur, relaxe pour le deuxième policier. Des peines plus clémentes que celles demandées par les réquisitions du parquet. S’ensuit le reportage, moins de 2mins avec rappel des faits et réactions des parties. Les proches de Nelson : les sœurs, « beaucoup d’émotion ». Puis, sur des images, la voix off féminine de continuer « Un ado de 14 ans fauché sur un passage piéton par une voiture de police en excès de vitesse, l’histoire avait ému la France entière. En juin 2007, Nicolas Sarkozy en visite à Marseille avait rencontré les parents de Nelson assurant que ‘’ justice devait passer ‘’. »
Ensuite un extrait d’une interview de Gilbert Collard, avocat des parents de Nelson :« On commence à être un peu lassé des slogans de jour de drame, qui avec l’espoir que le temps passant, fera oublié ce qui avait été promis. Les rendez vous de la justice apparaissent finalement comme des promesses électorales. Tout ça est très décevant, très décevant. La bonne question et j’ose la poser c’est de savoir jusqu’à quand l’opinion publique le supportera. » De son côté, l’avocate des policiers estime la décision juste : « Des accidents y en a tous les jours, on déplore des pertes humaines mais à partir du moment où c’était des policiers, c’est devenu une affaire particulière. » La voix off de conclure « La famille du jeune garçon attendait au moins des excuses de la part des deux policiers, Nelson aurait eu 17 ans lundi. »
Samedi 24 octobre 2009, Soir 3. Images commentées par le présentateur. 1 minute. « Les Assises des Ardennes ont condamné un homme, poursuivi pour avoir tué un gendarme en le percutant avec sa voiture lors d’un contrôle routier en 2007, à 30 ans de prison dont 20 de sûreté. A l’époque Nicolas Sarkozy, Ministre de l’Intérieur avait demandé que la justice soit implacable et d’une sévérité exemplaire, l’avocat général a estimé qu’il avait tué le gendarme volontairement, le jury a suivi l’ avis. »
Les faits admis par la justice ne sont pas comparables : dans le premier cas il a été établi qu’il s’agit d’un accident ; dans le second, il existait une intention de nuire. Pourtant, on ne peut empêcher le parallèle fondé sur les déclarations de Nicolas Sarkozy aux moments des faits. Ça m’énerve ! Parano-propagande : tout est calculé, fait exprès. Nous sommes sur une chaine publique qui porte le nom de l’État français +3. La conclusion : Nicolas Sarkozy est un homme de parole. Ça m’énerve !
Lebizard rewind

Brooklyn, winter 09
Cher Comte de Lebizard,
Ma dernière lettre date.
Trois années sont passées. Je vous entends déjà –mais je n’ai jamais reçu cette dernière !-
Il est vrai. La lettre demeure dans mes tiroirs. Vous ne l’avez jamais reçue comme les six autres qui l’ont précédée.
Je souhaitais ne pas vous déranger, ne pas semer le trouble ne serait-ce qu’une fraction de seconde dans l’équilibre que vous vous construisiez. Je devais assumer vous avoir brutalement quitté à l’automne. Je devais encaisser la déception de vous voir habiter avec une autre dès l’hiver. Je devais vivre avec le doute ; il était tout à fait plausible que votre nouvel amour ait été dans votre vie avant même que je ne vous quitte. Surtout, je devais accepter l’impossibilité d’un éventuel retour. Croyez moi, cela ne fût pas une sinécure.
Je regrette la cruauté avec laquelle j’ai mis un terme à cette histoire, les mots que je vous ai servis sans emballage. J’étais dans un tel désarroi, impulsive et excessive. Je devais faire le vide autour de moi. J’étais en deuil et dans la série tout devait disparaître surtout vous, trop proche. Le chemin parcouru m’a beaucoup appris.
–Pourquoi remuer des faits qui ont presque plus de 7ans ?!- me direz-vous. Vous qui regardez de l’avant, sans vous retournez. Je vous jugeais, j’estimais que vous étiez dans une fuite. Je ricanais avec amertume de vous voir opérer une tabula rasa, d’entendre le feu brûler les lettres que je vous avez jadis écrites. Désormais, je comprends que votre fuite est aussi votre force.
Aujourd’hui j’ai votre âge. L’âge que vous aviez lorsque vous commenciez à construire les fondations de votre nouvelle vie sans moi. J’y vois plus clair et cela me trouble. Je constate avec ironie que la boucle est bouclée. Il m’en aura fallu du temps pour réaliser ce que vous avez acté depuis des années. Je suis bien lente à la détente.
Vous êtes réapparu dans mes rêves cet été tel un fantôme qui me hante. Oui un fantôme, car la vie a continué de façonner l’homme que j’avais connu et je ne peux imaginer comment, ni ce qu’il est devenu. Votre souvenir figé a resurgi douloureusement. Je n’ai pas lutté. J’accepte la rémanence. Je suppose que vous avez pardonné et il est grand temps que je me pardonne également, d’avoir été aussi peu mesurée, nuancée. D’avoir été si tranchante et blessante.
J’écris à votre souvenir. Je pose ici égoïstement ce que je n’ai pu vous dire, consciente que cette écriture est l’ultime résurgence de ce qui me liait à vous. Cette lettre vous est adressée sans vous être envoyée, je ne l’imposerai pas à l’ordre du jour de votre courrier. Si vous la lisez c’est parce que vous aurez cliqué sur ce blog qui je sais, vous est connu.
Dans la non-attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, cher Lebizard, mes salutations les plus sincères et distinguées.
Elinkasara
Crise ironique

Paris, spring 2009
V. était de passage à Paris. Il avait besoin de trouver les pièces de rechange pour sa moto. V. est un professeur de philosophie qui a décidé d’effectuer un tour du monde sur deux roues. Après dix mois de route, la bécane est tombée en rade. Aujourd’hui V. a pris l’avion avec les pièces et s’en est allé rejoindre sa moto à Islamabad.
V. à Paris avait un téléphone. Nous avons eu, il y a deux jours, une longue, très longue conversation. J’aime parler et écrire à V. D’une part, il me fait voyager, d’autre part jamais il ne me dit « tu réfléchis trop ». L’entretien téléphonique s’est conclu par « Hey, la miss, tu dois choisir, accepter de renoncer à tout faire. Il te faudrait au moins dix vies or tu n’en as qu’une ! Attention ma vieille tu es en plein désespoir ! Mais t ‘inquiète ça passe.»
Bon d’accord je vais relire Sören Kierkegaard et son « Enten-Eller » « Ou bien-ou bien » où comment passer du stade esthétique (instant, moment isolé, jouissance, doute, désespoir, en dehors du bien et du mal, en dehors de la société, recherche constante du changement) au stade éthique (temps, continuité vitale, devoirs, responsabilité, vie sociale, famille, recherche de la répétition) par l’intermédiaire du stade ironique, hahaha ! Je me marre !
Quand on réfléchit ne sachant plus comment penser, on va chercher ceux qui savent, même si comme l’a dit Hannah Arendt en 1972 à la télé : « je voudrais signaler que tout ce que j’ai fait, et tout ce que j’ai écrit, est une tentative provisoire. Je veux dire que toute pensée se caractérise comme une tentative provisoire ».
V. m’a également conseillé Emmanuel Lévinas. Là, je dis halte ! Lévinas m’a traumatisée, j’étais trop jeune. Il ne me reste que de la souffrance et un arrière goût de sacrifice. Avec lui j’avais l’impression de disparaître. Lévinas, c’est donc pour plus tard en espérant que je sois apte à le comprendre et l’accueillir.
Sinon, Coffea en 15CH au coucher, histoire de calmer le vélo qui pédale dans ma tête et, Arnica en 30CH pour en découdre avec les courbatures de 15 jours de vendanges.
Communication, à propos de – « Rubaïs 4 »
« Rubaïs 4, la marge » est le quatrième volet du Projet Rubaïs. « la marge » a trouvé deux formes de réalisation : Rubaïs 3 conçue comme une vidéo danse et Rubaïs 4 envisagée comme une extension, une pièce ouverte pour 6 danseurs.
A la marge de la narration et du théâtre, à la marge du public et de la performance, il s’agit d’occuper l’espace de nos différences sur une page de danse. Si Rubaïs 3 est une tentative de traversée de ces différences en soi, Rubaïs 4 est une revendication des interdépendances.
Au gré des mouvements des danseurs et des publics, le partage de l’espace commun s’opère, élastique. La déambulation institue les rôles, la marge est en déplacement, tout dépend des êtres en présence, danseurs et publics.
« Rubaïs 4, la marge » abolit d’emblée la frontière figurée par la scène entre spectateurs et interprètes, les costumes et les lumières brouillent la ligne claire qui les sépare traditionnellement. Dans cet espace, un repère immanquable au regard : la télé. En boucle la vidéo de Rubaïs 3 est intégrée au dispositif, une mise en abîme de nos inter-différences.
Pour Julien Monty, Rubaïs 4 est l’aboutissement d’une série de quatre chorégraphies.
Mars 2006
Communication 1, affinité : Loge 22
Le Collectif Loge 22 est né dans les coulisses de Lyon. Du désir à l’idée en passant par des productions individuelles, Loge 22 est officiellement enregistré par ses trois fondateurs en 2005.
Le collectif est un cadre de partage, de rencontres et de collaborations.
Loge 22 rassemble auteurs et interprètes. Il juxtapose des parcours personnels, des particules libres qui selon les projets endossent les rôles de protons, neutrons, électrons, auteur, public, interprète.
Le mouvement aimante les particules. Le mouvement interprété par corps, capté, appréhendé, mis en image. Loge 22 est un espace de croisement des disciplines au carrefour du mouvement et de son immobilisation.
Parce que notre priorité est de replacer l’interprète et la danse au centre de notre recherche, l’improvisation constitue une étape essentielle de notre travail, une liberté fondamentale à chacun. Une liberté utilisée comme les jazzmen, dans le cadre de la partition.
En prise directe avec l’espace-monde, notre ambition est d’identifier, comprendre et dépasser la faillibilité, inhérente à tout homme et à tout système qu’il conçoit pour se conditionner. Nous souhaitons réhabiliter la fragilité comme source d’énergie dans un environnement où seules les faiblesses sont pointées du doigt.
Mars 2006
Un Nom
Non
pas moi sarah sacrée sur l’autel de guerres impunies,
Non
pas moi sacrée sarah de ton errance dans le souvenir de l’enfance,
sacrée sarah, sarah sure s’inquiète, Non
ce n’est pas moi sarah tatouille, mais plutôt sarah tatonne,
Non elle n’est pas moi sarah sa muse, plus tard, sarah bricole,
Non ce n’est pas moi sarah des contes , aujourd’hui sarah construit.
Pas moi sarah s’amuse, sarah, son bras s’insurge d’honneur.
Pépette princesse à Genève
Pépette adore Genève, son lac, son jet d’eau, sa propreté, ses montres, ses vitrines et ses chocolats. Le luxe y transpire sans se répandre. Genève avec son austérité toute protestante peut encore se targuer de ne pas être tombée dans le bling-bling du “m’as tu vu”. Pour combien de temps encore?
Devant les magasins de la rue du Rhône, Pépette se déplace lentement, suivie de sa court imaginaire. Son port de tête est altier; dans ses cheveux trône une parure en demi-cercle chargée de pierres précieuses, un demi-cercle symbole de haut rang. Le diadème est lourd, en son centre brille un énorme diamant, véritable caillou de la taille d’un pouce.
Princesse Pépette entre chez chaque joailler-horloger à la recherche d’une montre automatique en or blanc. La procédure se répète, sonner, attendre que l’on vous ouvre, pénétrer dans le calme feutré et élégant de la boutique, saluer, recevoir la déférence du vendeur qui vous invite à vous asseoir devant une table afin de vous présenter ses modèles dont il vante les caractéristiques tout en vous proposant une boisson qui adoucira l’extrême difficulté du choix à opérer. Le prix n’est jamais mentionné, c’est accessoire.
L’utile bijou acheté, je respire. Il est prévu de rendre visite au musée d’art moderne et contemporain. Fort heureusement Pépette savait où se situait le musée Patek Philippe – grand nom de l’horlogerie- sans quoi nous n’aurions jamais trouvé le fameux musée d’art moderne et contemporain, logé dans une ancienne usine du temps de l’ère industrielle en plein essor.
La “Section des stylistes” au troisième étage est dédiée aux “ascètes qui vouent leur travail à l’exploration rigoureuse et bien souvent interminable d’un geste, d’une forme ou d’une procédure, le tout aboutissant à une œuvre d’une absolue cohérence sur laquelle le temps ne semble pas avoir de prise.” Nous nous arrêtons devant deux toiles quasi identiques d’ Olivier Mosset. De 1966 à 1975, il a peint un cercle au centre d’un carré.
L’œil s’enfonce dans la perspective qu’ouvre bizarrement le cercle. Sur un fond peint en blanc, le vingtième de la toile est clôturée du cercle épais noir. Pourtant, de ce vide plein ceint de noir, émane une impression d’espace, une profondeur de champ. L’irrésistible attraction du regard se concentre sur l’insaisissable comme les yeux dans les yeux. L’une des toiles paraît salie, jaunie couleur nicotine.
Pépette me demande à quoi pouvait bien penser le type qui a peint cela, comment une idée pareille, une telle abstraction, peut germer dans le cerveau du bonhomme. Alors qu’elle hésite entre l’arnaque, l’imposture, la méditation, la fraîcheur ou l’intellectualisme, j’imagine la provenance du tableau, celui au fond blanc teinté de nicotine. Elle aurait appartenu à un étudiant en troisième cycle de droit qui se desséchait à trop fumer, endeuillé. Un jeune homme qui si l’on s’y trompe, pourrait être une caricature de Woody Allen, l’humour en moins et le cynisme en plus, un véritable cerveau sur patte au cœur blindé. Un homme qui, en quête de légalité pour sortir de l’ombre, était dôté d’ un esprit retord par nécessite, d’une tournure conditionnée par son état civil légèrement bancal. L’œuvre aurait pu trôner sur un mur de son appartement d’étudiant où la vie s’organisait à même le sol. J’imagine qu’au cours de soirées enfumées à jouer à “qui-possède-la-plus-grande-culture”, les copains de passages se seraient perdus dans ce trou cerclé de noir suggérant moult interprétations…
Pépette me regarde de travers, incrédule. Se dirigeant vers la sortie elle me lance: “J’ai préféré le musée Patek Philippe!”
Vivons cachés
Galère, galère. Arriver au Mamco à pied c’est loin d’être évident. Logiquement, on se met à chercher une signalétique circulatoire. Rien de rien ne l’indique.
Enfin à force de ténacité, on se retrouve devant l’imposant Bâtiment d’art contemporain (Bac). Il s’agit d’un immeuble industriel où la création a remplacé la production, où la volonté est de s’exposer comme une friche, un laboratoire d’initiés. Attention, le Mamco est un musée inavoué ! Personne, absolument personne ce jeudi de la mi-juillet.
Une femme nous accueille dans une salle exigüe, contigüe au hall d’entrée. La lassitude est visible en son visage. Nous lui faisons part de nos égarements dans le quartier. Elle soupire « c’est le directeur, un français. Ses directives sont de ne pas indiquer le musée. Il dit que ceux qui veulent vraiment venir, ils trouvent. Elle soupire encore. C’est devenu un musée de professionnels. »Une sélection d’entrée sur la motivation, prendre le contrepied du tout divertissement.
Le Mamco n’est pas un parc d’attraction. L’interaction oui, l’interactivité non.
Le Mamco n’est pas une boutique à souvenir pour bobos ennuyés.
A bas la démocratisation, les goodies en série, il n’y aura pas de boutiques et le centre de documentation n’est accessible que sur demande. Quid de la médiation culturelle et du désir de partage avec ceux qui ne sont pas Nous ?
Le souhait de ne se réserver qu’aux initiés comporte quelques nuances. L’une d’entre elles se ballade dans le hall. Il s’agit d’un fanzine d’Ibn al Rabin, une BD Guide noir et blanc à l’usage des profanes égarés : « CHARLES ET LOUIS – cambrioleurs professionnels – S’INTRODUISENT (illégalement bien entendu) AU Mamco » en collaboration avec le bureau des transmissions du musée. Charles et Louis cherchent des valeurs à subtiliser. Un petit régal de 20 pages avec une visite qui se termine par le vol d’un rouleau de papier toilette. Un nouveau genre de délit commis par des cambrioleurs inspirés se découvrant conceptuels !
A voir ! jusqu’au 27 septembre 2009 Nina Childress « Détail et Destin ». J Certaines des œuvres semblent être des photos, puis on pense à de vieux écrans de télé, à une bande VHS saturée mise sur pause. Comment dire ? Une capture d’écran impressionniste. Les images proviennent du site http://www.ninachildress.com/


Là même
Ici je suis née Là-bas je renais.
Ici je vis Là-bas je sur-vis.
Ici je me retiens Là-bas je me détiens.
Ici je suis forte, là-bas pas assez.
Ici je rêve dans le vaste champ des possibles, Là-bas j’agis sur un territoire clôturé.
Ici je suis compliquée comme personne. Là-bas je suis complexe comme tout le monde.
Ici je suis belle Là-bas je suis jolie.
Ici je suis seule, Là-bas entourée, mais jamais assez.
Ici j’ai la fougue culottée du Sud,
Là bas j’ai l’éducation polie du Nord.
Mes larmes faciles sont de l’Est,
Et mon espoir vient de l’Ouest.
Là-bas je décide avec mon cœur, ici avec ma tête.
Ici mon cœur est sous abris, là-bas c’est ma tête.
Entre ici et là bas un pont aérien me réunit Et je prends la mer comme une boussole qui jamais ne se perd.
Orthodoxe ou orthopraxe ?
Le dogme c’est le refoulement de la pensée et il ne suffit pas d’obéir pour être quitte. Les gens ne veulent pas penser. Et oui ! Penser, ça rend responsable.
La foi absolue c’est l’ignorance, une culture du mystère. Le cœur de la religion est dans la compréhension de son enjeu et de sa signification. La transmission du dogme sans la transmission du sens profond c’est une hérésie ! Le dogme a ses raisons que la raison dévoile. Pensez-y !
E’Motional
It’s five in the morning,
the flight is full but I like where I’m sitting,
there are people laughing just close near the window.
I don’t want to hurt you,
but my heart is cold now.
I can’t give you what you want.
Do you really know what I want ?
My chinese freckled guy.
It spat with rain on his back.
An avalanche of droplet on his skin,
A map of what I really want, sunny tracks.
My chinese freckled guy.
It’s six in the morning, the flight is full,
the pen is drunk and you make me weep tears of emotion.
Do you really know what I want ?
My confusion is also very clear.
Pépette un 31 déc., in NYC

Ce soir c’est New Year’s Eve. Pépette réfléchit à la tenue qu’elle va bien pouvoir porter. Sa petite robe rouge est parfaite : habillée et sexy à souhait. Pourtant elle hésite, le froid est glacial et la neige bien présente.
En début d’après midi, je décide d’aller visiter le Whitney Museum of American Art. J’y serai au chaud. Contrairement à la foule qui se presse devant l’attractif MoMA, il n’y a aucune file d’attente aux caisses du Withney. Je commence par le niveau 5 avec la collection permanente. Le musée possède dessins et toiles d’Edward Hopper que je n’ai encore jamais vus. La lumière et le calme qui règnent dans les tableaux de Hopper réveillent mon aptitude à la contemplation. J’y reçois de l’apaisement. Il arrive aussi parfois que certaines scènes piquent à vif mon penchant pour le voyeurisme…Je m’arrête ensuite devant la puissance des peintures de Rothko, puis, très rapidement, je passe la fashion folie de J.Pollock, direction l’ascenseur.
Ding ! Les portes coulissent et s’ouvrent sur le premier mur de l’exposition temporaire « Alexander Calder : The Paris Years, 1926-1933 ». Des visages sculptés en fil de fer se détachent du vide, des têtes suspendues comme transparentes sur un fond blanc. Il y a de la féerie là-dedans ! Sont notamment représentés Joan Miro et Kiki de Montparnasse. L’exposition est intense : des illustrations de presse, des vidéos, des sculptures en fil de fer se rapportant à l’univers du cirque et bien sûr, des mobiles. La fantaisie ne manque pas. Il est interdit de toucher les œuvres. La tentation est grande….je m’autorise un contournement, sans toucher j’ai soufflé très fort sur un mobile. Un mobile condamné à l’immobilité c’est trop triste ! L’œuvre s’est mise à bouger et j’ai alors pu apprécier son équilibre.

Un niveau plus bas, je me retrouve plongée dans l’univers photographique de William Eggleston. L’expo s’intitule « Democratic Camera, Photgraphs and Video, 1961-2008 » : du quotidien de l’Amérique profonde, des gens en marge, du kitch, des cadres décadrés. Certaines photos sont dérangeantes, d’autres font sourire.
Pépette commence à saturer, perdre patience devant les vidéos. Comment va-t-elle se coiffer pour la réception de ce soir ? Robe rouge sexy ou sage robe bleue ? Vu la température glaciale, elle se dit qu’elle a bien fait d’emporter son long manteau noir en cachemire et je vous annonce que l’exposition d’Alexandre Calder est désormais visible au Centre Pompidou à Paris.
« L’Art ça sert à rien ! »
Une provocation inspirée de l’œuvre d’Alexandre Calder
Whitney Museum of American Art de New York, décembre 2008

Composition
Serviette en papier
Capsule de soda
Coquille d’œuf en miette
Lacet « ouverture facile »
Papier et aluminium plié











